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Le Monde Libertaire : Patrice Montagu-Williams : “Lux Bar”

Article de Patrick Schindler dans le Monde Libertaire (source :https://www.monde-libertaire.fr/?articlen=6768&article=Finies_les_vendanges_en_octobre_le_rat_noir_fomente_en_tonneau)

Patrice Montagu-Williams a d’abord travaillé dans l’informatique et le commerce international. Après avoir fait faillite, il se lance dans l’écriture et travaille occasionnellement comme consultant pour l’Arabie Saoudite et l’Emirat du Qatar. Ayant longtemps vécu au Brésil, il évoque ce pays dans plusieurs de ses romans. Il a également créé l’inspecteur d’une série de polars « qui n’arrête jamais personne ». Nous l’avons déjà croisé dans cette rubrique pour trois nouvelles asiatiques. Aujourd’hui, il vit quasiment toute l’année sur une île grecque.

Patrice Montagu-Williams a tenu à remettre lui-même son « Lux Bar » Mémoires (éd. Non Nobis) dans les pattes du Rat noir à Athènes. Durant notre échange dans un bar de Pangrati, ses quelques confidences me firent glisser une première patte dans le vif de son dernier livre.

Confidences de comptoir à la Monsieur Richard de Léo Ferré : « Problèmes d’hommes et de mélancolie ». Quelques silences aussi « Le silence c’est la liberté. Et ça, Big Brother il ne veut pas en entendre parler », me confiait-il.

Rentré dans mon trou à rat, je glissais une deuxième patte dans son Lux Bar. Je musardais dans sa jeunesse, une brève histoire de sa famille, haute en couleur.

Ses grands-parents travaillant pour les services secrets durant la Première guerre mondiale, sa grand-mère « réactivée » pendant la Seconde et qui excellait à réinventer sa vie.

Son chat et son désir d’écrire depuis toujours. Patrice s’amuse au détour d’une page : « La confiance c’est bien, mais le contrôle c’est mieux, affirmait Lénine ». Il ne garde de cette phrase assassine que l’envie de bouter « tous les contre-révolutionnaires patentés » qu’il croise sur son chemin.


« C’est à partir de cette époque que j’ai cessé de prendre les cons pour des gens » … Nous échouons ensuite à Montmartre en sa compagnie.


Amarrés au Lux Bar, la mémoire du quartier, situé en bas de la rue Lepic « ce grand fleuve de Montmartre », comme l’appelait Léon-Paul Fargue. « Paris qu’on aime comme une pute, c’est-à-dire comme quelqu’un qui vous donne du plaisir et vous pique tous vos sous » … On commence alors à se demander si le narrateur est vraiment l’auteur : ce vieil homme qui se déplace dans le quartier tout en pente, dans une chaise roulante poussée par une de ses anciennes maîtresses pour aller déguster un bon whisky dans un de ses bars favoris. Ce vieux routard qui égraine à longueur de pages, des souvenirs en veux-tu-en-voilà « Marcher à reculons dans le tunnel de ma vie, ça me fait du bien » ! Nous croisons alors, une multitude de personnages plus loufoques, pathétiques ou comiques-nés, les uns que les autres. Entre deux de ses maitresses, son copain psy, juif athée qui disait « Si je ne crois pas en dieu, je crois en ceux qui croient en lui ». Le psy et sa patiente chanteuse qui finit par se suicider et qu’il va régulièrement visiter sur sa tombe du Cimetière Montmartre, « afin d’achever sa psychanalyse interrompue », etc., etc.

Mémoires entrecoupées de réflexions plus que digne d’intérêt, du genre « C’est bien d’avoir des enfants, cela permet d’éduquer les parents ». Une magnifique scène de retrouvailles avec des copains de la même promotion, quarante ans après « massacre des espérances juvéniles ».


La deuxième partie de ce petit livre nous raconte La Légende des Anges de la Butte, ou : peut-on demander à son vieil ami psy d’aider un vieil handicapé à franchir le Rubicon ? Enfin, « l’affaire du Lux Bar » met un terme à cette histoire. Et tout le monde de se demander ce que sont devenues les cendres du mort.


Dans un dernier Mea Culpa, Patrice Montagu-Williams nous embrouille un peu plus entre l’identité de l’écrivain et celle du narrateur. Mystère à savourer, telle une bonne crêpe Suzette du temps jadis, sur la Place du Tertre !

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